Requiem pour un bourg 1 commentaire


Voici un texte, transmis par un de nos lecteurs, qui réagit à l’annonce de la délivrance d’un permis de construire pour un supermarché « discount » dans la zone du Mès et qui entrevoit les conséquences qui, selon lui, découleraient de cette implantation, pour la vie du bourg de Saint-Molf.

 

Requiem pour un bourg

Le sort en est jeté : Saint-Molf aura son supermarché « discount », « low-cost », ou « à bas coût », dans la zone du Mès. Après bien des péripéties, le vieux projet, de plus de dix ans, devrait voir le jour avant l’été prochain : « L’enseigne Leader Price pourrait ouvrir au public en juin 2018 (vous noterez le conditionnel…), peut-on lire dans un article, paru, le 23 novembre 2017, dans un grand quotidien régional.

 

Le supermarché : bonne ou mauvaise nouvelle ?
Faut-il se réjouir de cette ouverture annoncée ?
Je ferai une « réponse de Normand » : oui et non !
Ce qui fait, incontestablement, consensus, c’est la nécessité, pour la commune, de disposer, enfin, d’un commerce alimentaire généraliste de proximité. Rappelons qu’elle en est privée depuis la fermeture de l’Épicerie Mendulphine, en 2011.
Ce qui est très contestable, en revanche, c’est le lieu d’implantation de ce commerce.

« Dynamiser » les ventes des lots invendus de la zone du Mès…
La mairie, qui « soutient » ce projet (comme on peut le lire sur son site internet), avait le choix entre le centre-bourg (une étude, assez avancée, avait déjà était faite, sur cet emplacement, par la précédente municipalité) et la zone du Mès. Et elle a choisi la deuxième solution…
Pourquoi ce choix ? Officiellement, c’est pour tenter de « booster » les ventes de nombreux lots de la zone, invendus depuis sa création, il y a plus de dix ans. Dans l’article de presse précité, on nous dit que, de ce côté, c’est presque gagné, car on nous annonce une implantation d’entreprise dans cette zone, en 2018, un agrandissement d’un bâtiment existant et l’arrivée d’une deuxième entreprise, en 2019. L’article nous apprend, enfin, qu’il ne restera plus que deux lots à pourvoir, ensuite, et la boucle sera bouclée : la zone affichera « complet ».
Bel optimisme ! En effet, l’implantation d’un supermarché aura, très vraisemblablement, pour conséquence de faire grimper le prix du m2 de terrain dans ce « parc d’activité ». De plus, les lots disponibles se situeront, sauf erreur, en fond de zone, c’est-à-dire plutôt loin du supermarché, qui doit jouer le rôle de « locomotive ». Pas de quoi, franchement, emballer les candidats à l’installation !
La municipalité compte sur l’effet d’entrainement, lié à l’implantation du supermarché, pour « remplir » la zone, mais on peut, également, tenir un raisonnement inverse : si le projet d’implantation du supermarché est définitivement abandonné, le prix du m2 va baisser, ce qui va inciter les petites entreprises, à la recherche de foncier à prix modéré, à s’installer. Donc, s’il n’y a pas de supermarché dans la zone, les lots invendus trouveront, peut-être, aussi facilement, preneur…

Emplois et image dynamique…
On nous dit aussi, dans le même article : « c’est bon pour la commune, en matière d’emplois et d’image dynamique ». Certes, mais quand on traite un dossier, il faut le voir dans sa globalité. La mairie ne parle, jamais, dans sa communication officielle, du revers de la médaille, c’est-à-dire du risque – très sérieux – de désertification du bourg, consécutif à cette implantation au Mès. Oubli ? Sûrement pas. Ignorance du risque, ou inconscience ? Encore moins… !

Vous avez dit « désertification »…
Dans toutes les communes de France, les municipalités font le maximum pour lutter contre ce nouveau « fléau », la désertification des centres-bourgs et centres-villes, apparu du fait de la multiplication des grandes et moyennes surfaces, implantées à la périphérie des villes et des bourgs.
À Saint-Molf, alors que le problème ne se posait pas, que fait-on ? On crée, d’une certaine manière, les conditions de cette désertification, en « soutenant » et accordant un permis de construire pour un supermarché dans « notre zone à nous » : Le Mès… C’est, quand même, vous en conviendrez, plutôt à contre-courant !La réponde – indirecte – à cette interrogation légitime sur le devenir du bourg, nous est donnée par l’annonce de sa rénovation (dernier numéro du Mendulphin, page 5), en nous laissant entendre qu’elle suffira à le faire vivre et, donc, « compensera » le quasi inéluctable déclin, puis la disparition probable, à terme, des petits commerces de proximité.
Désolé, mais cet argument ne tient pas. Une rénovation d’un bourg, si réussie soit-elle, ne peut pas, à elle seule, « compenser » les commerces disparus et l’activité qu’ils engendraient. Nous en avons un exemple tout proche : à Mesquer, le bourg a été joliment rénové, mais il demeure désespérément vide !
Alors, puisque la décision d’implantation d’un supermarché au Mès est prise, à quoi bon dépenser l’argent du contribuable dans une rénovation coûteuse du bourg ? Un petit « toilettage » de l’existant suffirait, avec, cependant, il faut l’espérer, l’indispensable réfection du revêtement de la rue principale (rue de la Duchesse Anne), qui est dans un état lamentable depuis plus de 20 ans… L’argent économisé pourrait servir pour d’autres chantiers, comme, par exemple, pour la réfection de certaines routes communales, ou pour l’installation d’équipements routiers de sécurité.

Commerce alimentaire : Que veulent les Mendulphins?
Bonne question !
D’après la municipalité, les Mendulphins veulent un supermarché au Mès. : « Cela fait plusieurs années que Saint-Molf attend son supermarché» peut-on lire dans Le Mendulphin d’octobre 2016, page 14. On rétorquera que Saint-Molf attend bien, depuis plusieurs années, un commerce alimentaire généraliste, mais a-t-on demandé aux habitants s’ils préféraient un supermarché, à la périphérie, ou une supérette, centre-bourg ? La réponse est non.
Dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres autour du bourg, il y a une foultitude de supermarchés, dont un à deux minutes, sur la même route, à Mesquer. De plus, les habitants de Saint-Molf, qui sont, en grande majorité, « actifs », ont, près de leurs lieux de travail et sur la route du retour, le soir, de nombreux magasins, de tailles variées, particulièrement bien achalandés, à leur disposition. Pas sûr qu’un petit supermarché supplémentaire « low cost », dans une zone, près de chez eux, fasse partie de leurs demandes prioritaires.

Créer du lien social…
Pour leurs besoins plus ponctuels, en revanche, ils apprécieraient, certainement, d’avoir, au bourg, un commerce alimentaire généraliste de proximité, une supérette, qui contribuerait, de plus, à faire vivre le cœur historique de notre commune et à créer du lien social.
Comment, en effet, créer du lien social dans une zone « commercialo-artisanale » artificielle ? À l’heure où l’on reproche, fréquemment, à Saint-Molf de ressembler, de plus en plus, à une ville-dortoir, cette décision d’implantation au Mès ne va pas, loin de là, dans le sens du nécessaire rapprochement entre les gens et les générations. Quand on sait, de surcroît, la faiblesse de certains équipements de la commune (en matière de culture, notamment), il est, franchement, permis de s’interroger sur la réelle prise en compte de la dimension humaine dans certains projets.
Il faut, également, souligner que la poussée urbaine actuelle de Saint-Molf se fait, surtout, vers l’est du bourg, c’est-à-dire à l’opposé de la zone du Mès. Une implantation de commerce alimentaire centre-bourg aurait permis aux nouveaux habitants de ces lotissements de venir faire leurs courses de proximité à pied… Pour aller au Mès, c’est à dire à l’opposé, par rapport au bourg, ils devront prendre leur voiture !

Consensus et intérêt général
En conclusion : cette supérette au bourg, c’était la meilleure solution, celle qui allait, vraiment, dans le sens de l’intérêt général. Pourquoi s’est-on obstiné, contre vents et marées, à « ressusciter », et à nous imposer, un projet de supermarché, vieux de plus de 10 ans ?
Je pense que cette question continuera d’animer, durablement, pas mal de conversations dans les chaumières de Saint-Molf, et, dans quelques années, peut-être même dans quelques mois, certains diront la phrase traditionnelle : « Ah, si on avait sû… ! ». Ce sera, malheureusement, trop tard.
Et puis, ayons, pour terminer, une petite pensée émue pour notre cher vieux bourg, vraisemblable futur moribond, sacrifié au « profit » (!) d’un supermarché low-cost et d’une zone artisanale, transformée, comme par enchantement, en zone commerciale, impersonnelle et sans âme…

 

Le petit aiguillon du marais


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Commentaire sur “Requiem pour un bourg

  • Le petit aiguillon du marais

     
    Une rencontre a eu lieu, en mairie de Saint-Molf, le 6 décembre 2017, entre les commerçants, artisans et professions libérales et les élus de la commune, ainsi que l’animateur des parcs d’activités pour Cap Atlantique.
    Dans le compte-rendu que l’on peut lire, sur le site de la mairie, j’ai relevé les deux phrases suivantes : «  Les élus ont également assuré les commerçants de leur soutien pour maintenir et développer leurs activités à Saint-Molf », et puis « Après une présentation du périmètre et du phasage des travaux d’aménagement du bourg, tous les acteurs ont été invités à participer aux temps de concertation qui leur seront proposés en 2018 ».
    On n’a pas le détail de ce qui s’est dit, lors de cette réunion, mais à lire ce qui précède, on peut penser que certains commerçants présents ont – à juste titre – posé la question du devenir de l’activité commerciale, et, donc, de la vie du bourg, suite à l’annonce de l’implantation d’un supermarché au Mès.
    La deuxième phrase, précitée, semble vouloir dire que la réponse des élus c’est : « travaux d’aménagement du bourg ». Pas sûr que cela suffise à rassurer les commerçants sur l’avenir de leurs chiffres d’affaires et, donc, de leurs commerces…